Enak Gavaggio, l’interview by Zeoutdoor.

Par Maud Julien le Pommeray le 25 avril 2013 Dans Actus Interviews et portraits ski freeride,

Enak-GavaggioVous le connaissez peut-être pour ses exploits, ou pour son site Internet qui ne ressemble à aucun autre (une idée à lui), quoi qu’il en soit nous avons rencontré Enak Gavaggio, freerider de renom. Une bonne occasion de revenir sur sa carrière, et de parler sports outdoor: VTT, base jump, parapente, tennis et golf… Y aurait-il des intrus dans cette liste ?

Ta première expérience ski ?
La première dont je me souviens, très très simple. Je crois que je devais avoir 7 ou 8 ans, mon papa m’a emmené dans un truc, ça s’appelait « Saperlipopette » c’était à Valmorel et il y avait des sortes de petits arcs en hauteur. Il fallait skier en travers. Au milieu il y avait un saut, si tu sautais assez haut, tu pouvais taper une clochette avec la main et j’étais tellement petit que je n’y arrivais pas. Ca me rendait dingue.

Comment as-tu débuté le ski freeride ?
J’ai fait du ski alpin jusqu’à 20 ans, j’étais en coupe d’Europe en descente, je suis arrivé en mi-saison mais je sentais que je n’allais pas percer. Je me heurtais à un problème de niveau. Je n’étais pas vraiment fait pour ça, j’ai arrêté. Et quinze jours après, je suis parti skier avec un de mes meilleurs amis qui était déjà dans le milieu du freeride. Il m’a présenté à des team managers et je suis parti là dedans comme ça. J’ai quitté l’alpin et je me suis retrouvé pro-rider dans un team en quinze jours.

A l’époque et même quand j’avais 18, 19 ans et que j’étais au Ski Club de Val Morelle, les entraineurs nous interdisaient formellement de faire du hors piste. Du coup on faisait du free ride en cachette. A ce moment là, le free ride commençait à arriver en France, avec les premiers magazines, du coup je regardais ça avec de grands yeux en disant « Ouah c’est cool », même si moi je voulais faire du snowboard et pas du ski.

Je suis ensuite parti aux Arcs, toujours en tant que skieur alpin. La particularité des Arcs, c’est que les entraineurs des Arcs étaient eux même des freeriders qui se sont filmés dans « Apocalypse snow ». Une trilogie, les premiers films de freeride. Du coup les mecs étaient passionnés de hors piste, et naturellement ils m’ont emmené en faire. Et là je me suis dit « c’est juste génial ».

Tu parlais de snowboard tout à l’heure, pourquoi avoir choisir le ski ?
C’est toujours pareil, une question d’époque. Quand j’avais 10, 12 ans je regardais ces films, Apocalypse Snow justement à la télé ou en cassette vidéo et je me régalais. Mais à ce moment là il y avait la guerre: le ski d’un côté, le snow de l’autre. Tu ne pouvais pas faire les deux, et quand tu faisais partie d’un camp, tu devais détester l’autre. Dans mon ski club, on avait pas le droit de faire de snowboard. Je me suis fait chopper deux fois en train de faire du snowboard, et là on m’a clairement dit: « tu vas choisir, c’est soit snowboard, soit ski ». Mais si je choisissais snowboard je perdais tous mes amis qui eux faisaient du ski, du coup je suis resté dans le ski. Mais je me suis rattrapé depuis, dès que j’ai du temps libre je fais du snowboard.

Ton spot préféré ?
C’est une question que l’on me pose souvent et qui est assez compliquée. C’est naturellement Les Arcs où j’habite maintenant. Pour la simple et bonne raison que je connais tout par coeur: les expositions, les runs, chaque montagne, chaque rocher. Du coup quand je vais skier là bas c’est facile parce que je peux aller très très vite, je ne perds jamais mon temps, je peux enchainer les runs.

Après si je sors de ma station, voici mon tierce :
La neige la plus folle c’est en Alaska,
Les paysages les plus fous, c’est en Nouvelle Zélande,
Le dépaysement le plus incroyable c’est le Japon.

Tes conseils à propos du Japon ?
Ile du Nord, Ile du Sud c’est à peu près la même chose, il y a énormément de neige. Le Japon c’est de tout petits dénivelés, la neige est folle aussi mais en réalité, ce qui fait le charme du Japon c’est tout ce qu’il y a à côté. Il y a une vingtaine d’années le ski était énormément à la mode, alors il y a eu beaucoup beaucoup de stations qui se sont créées. Le ski reste à la mode. Ce sont de petits domaines, de petites collines avec très peu de pentes, mais par contre personne ne sort des pistes. Le snowboard est roi là bas, ça n’est pas le ski.

Ils ont des trucs un peu particuliers, par exemple il y a très peu de stations où les remontées vont jusqu’au sommet. Il me semble que dans leur tradition la montagne est sacrée. Il ont une relation particulière avec la nature. Par contre il y a des gens qui vont dans les stations et qui après partent en peau de phoque.

Est-ce que tu pratiques un autre sport outdoor ?
Le base Jump :
Je fais du base jump depuis 2001, j’en fais un petit peu moins depuis deux ans par manque de temps. Mais c’est quelque chose que j’eus pratiqué énormément. Il faut 350 sauts minimum d’avion pour attaquer le base jump. Ce qui est déjà énorme et demande pas mal d’argent. Mais ce qui est encore plus difficile, c’est de trouver la personne qui va t ’apprendre. Parce que comme ça n’est sous aucune Fédération, il n’y a pas d’assurances, c’est pas un sport interdit, il est toléré, il n’y a pas vraiment de structure, et quand tu formes quelqu’un, tu es un peu responsable de sa vie, et du coup trouver un formateur base jump c’est très compliqué. Il faut une grosse relation de confiance entre le formateur et l’élève.

Le parapente :
J’ai aussi pratiqué énormément de parapente, que j’ai arrêté parce que je trouve ça un peu trop dangereux. La particularité du parapente, c’est que tu joues vraiment avec les courants thermiques, donc les vents et les zones de chaleur qui émanent du sol. Il faut avoir limite le coeur marin à cause des ascendances: parfois on peut prendre 10, 12m/s parce que l’objectif du parapente c’est de prendre des thermiques, donc des zones d’air chaud pour te monter en altitude donc tu enroules, pour ensuite traverser à plat d’autres zones. Moi quand ça me secoue trop je ne suis pas bien.

Le parapente de manière générale, ça reste dangereux au décollage, et à l’atterrissage. Parce que parfois on a des fermetures de voile à cause de vents qui arrivent de droite ou de gauche et que l’on ne peut pas calculer.
Quelque soit le sport que je pratique, je n’aime pas trop laisser la chance au hasard. Le parapente, ça reste un sport formidable, mais il faut beaucoup le pratiquer, ça prend énormément de temps. En quatre ou cinq jours on est autonome en parapente.

VTT :
J’ai aussi fait beaucoup de VTT de descente. Mais je ne suis clairement pas doué avec un guidon, du coup j’ai pris beaucoup d’arbres, beaucoup de chutes. Et un moment je me suis dit qu’il valait mieux arrêter. De toute façon je ne suis pas du tout agile avec mes mains, vaut mieux que ça se gère au niveau des pieds.

Et sinon, bon, c’est pas vraiment outdoor, mais j’adore le tennis, et j’adore le golf ;-)

Et la wingsuit dans tout ça ?
Je pratique la wingsuit d’avion. L’été où j’ai voulu attaquer la wingsuit en base jump, je me suis tout cassé en ski. Dos, sternum, épaule… En 2008. Du coup pendant deux ans j’ai eu interdiction de sauter et du coup j’ai pas eu le temps de tenter. Mais ça va arriver très très vite.

Et pour ces sports, quels sont tes spots préférés ?
Alors pour le base jump j’ai un petit peu voyagé. Je suis monté jusqu’en Norvège, parce que c’est un peu la Mecque là bas. Il y a beaucoup de falaises. Comme en Italie dans les Dolomites, j’y vais aussi souvent.

Pour faire du Base jump en France, il faut aller soit dans le Vercors, soit dans le Verdon, soit dans la région de Chamonix

Le parapente on en fait partout.

Tes projets ?
Alors tu vois, j’ai 37 balais, j’ai fait beaucoup de bêtises. Oui, j’ai pris des risques, parfois un peu trop en ski, en base jump. Clairement j’ai failli mourir cinq fois. Cette année c’est peut-être celle de la sagesse, j’ai fait des choses moins dangereuses, tout aussi belle et je pense que ma carrière va continuer dans le ski freeride et tout ça, mais je vais commencer à freiner un peu le côté performance de la chose, donc les déposes en hélico sur des faces qui font 600/700mètre avec un risque d’avalanche ou les voyages au fin fond de l’Alaska, quand tu sais que si tu tombes tu es à 5heures du premier hôpital… Je vais faire en sorte de toujours faire des choses engagées, mais avec plus de temps, et plus sereinement. J’ai moins envie de me mettre en danger, tout simplement.

Quelle est ta définition d’un sport outdoor ?
C’est comme quand on me demande le freeride en fait. C’est très vaste. Si je devais qualifier tous les sports qui sont outdoor, le premier truc auquel je pense c’est tout ce qui ne se passe pas sur le macadam, donc des sports qui ne sont pas forcément urbains. En fait je crois que c’est un peu tout ce qui touche à la nature. C’est de la liberté: je pars courir, je ne suis pas obligé de me cantonner à une boucle de 400m. C’est être dehors.

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Jérémy

Jérémy

le 25 avril 2013

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